La comtesse Panowska m'a emmené dans son manoir et m'a demandé d'être son psychiatre. J'ai refusé avec la plus grande énergie. Voyant que ça ne me plaisait pas, elle m'a proposé de démonter la chaudière pour y cacher un trésor. Je lui ai répondu qu'ayant été très-récemment opéré des cheveux, je n'étais pas en mesure, physiquement, de réaliser cette tâche. « Oh et puis tant pis  !  » s'est-elle exclamée avant d'éclater d'un rire joyeux. Elle m'a entraîné ensuite dans la cuisine où nous avons mangé une pomme. Qui n'était, je dois le reconnaître, pas mauvaise du tout. On a bu aussi beaucoup d'eau du robinet. Après, je ne sais pas pourquoi, je suis monté sur un gros buffet pour aller, par jeu, tirer les poils d'une tête de sanglier accrochée au mur. La comtesse s'est mise à sangloter en m'accusant d'être méchant avec les animaux. «  Tirez-moi les poils pour me punir », lui ai-je répliqué. C'est ce qu'elle a fait. Je n'ai pas eu très mal, mais j'ai crié pour lui faire plaisir. Ensuite elle a insisté pour me présenter à Léonardo, son canard. En apprenant que Léonardo résidait dans une sorte de hutte située sur une île au milieu du lac de la propriété, j'ai prétexté que Léonardo était un sale petit con pour éviter d'aller me balader dans la nuit glaciale et décéder de pneumonie. Mon hôtesse a hoché tristement la tête. «  Vous avez raison. Léonardo me ment depuis des années. » Elle s'est alors ruée vers un écrase-bec à essence en poussant des cris de rage. J'ai été obligé de la calmer par une série de manipulations corporelles qu'il serait trop long de détailler ici. À la fin de cette séance, qui nous a laissés très en sueur, elle m'a demandé « Si vous ne voulez pas être mon psychiatre, soyez mon notaire. » Devant mon refus catégorique, elle m'a supplié de ne pas la soumettre à une enquête d'opinion. Je lui ai dit que j'allais plutôt me moquer de sa salle de bains. Une expression où se mêlaient la terreur et la haine est apparue sur son visage. Avec une rapidité que je ne soupçonnais pas, elle a parfumé le bas de mon pantalon. Aussitôt j'ai pris la fuite dans la nuit en salissant les pelouses avec des miettes de pain. Une vengeance qu'il m'est arrivé, par la suite, je le reconnais, de regretter.