Il m'a semblé voir une nymphe aux longs cheveux d'or en train de se baigner dans la rivière. Je suis entièrement fasciné, je l'avoue, par la blancheur de sa peau sur laquelle la lumière du soleil, filtrée par le vert tendre des arbres, fait miroiter des gouttelettes qui brillent – je vous jure –comme des éclats d'une poudre argentée et magique. Soudain, je vois la masse brune et velue d'un satyre qui se précipite vers la jeune fille sans défense. Je lâche mon sac à dos et cours de toutes mes forces pour casser la figure au vilain monstre à pattes de bouc. Je parviens à l'assommer d'un sévère coup de gourde en métal (bleu). Mais au lieu de me regarder avec de grands et beaux yeux emplis de reconnaissances et d'amour, la nymphe me fait savoir, selon ses propres termes, que je suis un « gros connard ». En regardant un peu mieux, je découvre que le satyre est un homme brun, en maillot de bain de marque G-Star Raw. D'après ce que je comprends, il se prénomme Julien et ne manquera pas, lorsqu'il sera réveillé, de venir « m'éclater la gueule ». La nymphe, qui semble se prénommer Coralie, si j'en juge par son tatouage d'épaule, continue de vomir à mon endroit des flots d'injures que je n'ose transcrire ici, tant elles sont ordurières. Pour faire taire la nymphe Coralie, je lui file un bon coup de gourde (ce qui, quelque part, lui va assez bien). Et tout en regagnant mon chemin de grande randonnée, je me promets, dès mon retour de vacances, d'aller me faire faire une paire de lunettes, même si je sais que cet accessoire de vue risque d'enlever à mon existence une bonne part de sa surprenante poésie. Vous qui me lisez, avec vos très-rigolottes têtes de mérous géants, que pensez-vous de tout cela ?