« Qui es-tu donc, toi qui surgis soudain ?
– Te voilà surpris, petite créature tremblante. Je suis celui qui...
– Dis-moi ton nom ! Je t'en implore de toute mon âme !
– Je vais satisfaire ta curiosité... J'y consens... Car tu me fais pitié. Souvent les humains m'appellent le...
– Si tu es Celui que je crois, l'allégresse envahit mon cœur. Sois Toi, je t'en prie. Entend mon humble requête.
– Tu veux vraiment connaître mon nom, on dirait. Je te comprends et je ne t'en tiens pas rigueur. Vois-tu ce parchemin à moitié déroulé que je tiens à la main ? Mon nom figure à...
– Ce que tu es, de toute mon âme je veux le connaître ! Nomme ton nom !
– Hem... tu es enthousiaste, c'est bien. Tu mérites largement que je te dévoile qui je suis. Dans les collines de l'Amphytrée, les bergers me nomment…
– C'est cela que j'attends depuis des années ! Ton nom ! Le mot qui contient tout, ma vie, la terre, le ciel, l'univers…
– Ton exaltation me fait plaisir. Certains pourraient s'en trouver agacés. Mais moi, ça me plaît. Quelle belle flamme brûle en toi. Tu es digne de recevoir mon nom. Écoute-le bien…
– Tu n'imagines pas les souffrances que j'ai endurées pendant toutes ces années, obligé que j'étais d'avancer dans la pénombre sans savoir comment t'appeler (pas même en langue des signes). Alors je t'ai inventé des noms provisoires. Lan-Lan, MoucheMouche, Écureuil LeGenty, Sucrou, Gropapa… Mais maintenant, c'est fini. Tu es là, en face de moi et je vais savoir comment tu t'appelles.
– On va finir par y arriver. Je suis optimiste et je ne me laisse pas décourager. Je sais comment canaliser – sans les anéantir – les belles ferveurs qui s'expriment à moi dans toute leur maladresse… et leur tendresse. Je suis…
– Han, je vais enfin entendre ce nom lumineux de la bouche même de celui qui le porte.
– Effectivement. Si tu me laisses parler, je suis en mesure de te donner ce que ton âme réclame depuis si longtemps. Quel est ton nom au fait ?
– Pierre-Suzanne Jean-Marie-Lemaire…
– Serais-tu, par hasard, pauvre être perdu, le frère de Barnabé Savonnette ?
– Effectivement.
– Quelle coïncidence divine ! Nous pratiquons ensemble le parapente marial, le dimanche.
– Le dimanche ? Mais alors, tu dois être Moumousse !
– C'est bien moi. Ton harassante quête touche à sa fin.
– Ton nom me déçoit un tout petit peu.
– Tu vas t'y faire.
– Je sens ma ferveur qui redescend...
– Viens faire du parapente avec nous ! Ça te reboostera spirituellement.
– Je vais réfléchir.
– À plus, garçon. »