Eh bien oui, je suis un troubadour, et alors ? Qu'est-ce qui vous gêne ? Vous n'aimez pas ma poésie en langue d'oc du XII ͤ siècle ? « Deiosta-ls breus iorns e-ls loncs sers, / Qan la blanc'aura brunezis... » C'est tout de même assez choli, je trouve, surtout quand je mets en valeur le texte avec mon formidable accompagnement musical. Per Dieu cessez de toucher à ma tunique de tissu précieux et observez comme je module bellement les sons qui s'échappent de ce ballon de baudruche. Et ce ballon n'est-il pas, lui-même, adorable avec ses oreilles de lapin et ses grands yeux noirs brillants ? En totz afars sui savis e gignos ! si je puis dire, sans vouloir me vanter, en toute modestie. Ha, ha ! Certains troubadours utilisent des citoles, des guiternes, des luths, des flajols... Pourquoi pas ? Mais une fois qu'ils ont fini leur petit numéro, vous croyez qu'ils peuvent tranquillement ranger leur instrument dans leur poche ? Vous le croyez ? Vous le croyez VRAIMENT ? Non, vous ne le croyez pas. Et vous avez raison. Pour rendre hommache à votre sagacité, je veux bien vous interpraitai un de mes chants les plus beaux et les plus longs. Mais pour cela, il faut que vous sortiez de la cabine insonorisée où vous vous êtes– pour quelle raison, je me le demande – enfermé à double tour.