Le défunt semble avoir rédigé un testament en ma faveur, sans savoir que j'étais un cochon. Ce qui me met, vous le comprendrez aisément, dans une position impossible. Devenir propriétaire d'un élevage de poulets industriel ne m'intéresse pas du tout. Tous ces animaux, entassés par milliers dans des hangars... et qui, à la fin, se font tuer... ça fait naître en moi une angoisse dont je n'arrive pas encore à bien définir la cause. Je n'ai aucun grief vis à vis de Maître Longuier, le tout-à-fait sympathique notaire en charge de l'affaire. Oui, je sais, Maître Longuier est un castor. Mais "Et alors ?", ai-je envie de dire. Oh et puis taisez-vous. Vous êtes coassant, vert et trapu, vous portez deux lignes de glandes sur le dos ainsi que des sacs vocaux externes. On vous entend, on vous entend. Sachez que jamais je ne me moquerai de vous, même si vos palmures ne dépassent pas la moitié de vos orteils et que vous ne pesez que 20 g. Ce qui fait de vous – reconnaissez-le – un personnage pour le moins hideux et chétif. Laissez-moi, maintenant. Cette histoire de poulets me met énormément le "seum", comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Le comprenez-vous nom d'un chien ? »